Monsieur Alioune Badara Bèye,Président de l’Association des écrivains : « la culture est victime de l’instabilité caractérisée par le nombre important de ministres qui se sont succédé à la tête du département et son manque crucial de moyens »

SONY DSC Alioune Badara Bèye, né le 28 Septembre 1945 à Saint-Louis, est un écrivain sénégalais, dramaturge, auteur notamment de pièces historiques, poète et romancier à la fois. Fonctionnaire à la retraite, cet homme, courtois et disponible, a accepté de répondre à nos questions. IL se plaint du nombre important de ministres qui se sont succédé à la tête du département de la culture. Mieux, il se désole du manque crucial de moyens dont subissent les acteurs culturels.

 Comment expliquez-vous d’une manière générale la situation culturelle au Sénégal ?

En général, la culture se porte bien au Sénégal. Cependant il faut en dehors du domaine Artistique  développé par l’actuel Ministre, mettre en œuvre une bonne politique du livre et de l’édition.

Notre culture est-elle malade ? Ou du moins sait-on exactement le sens de la culture ?

Notre culture n’est pas malade. Elle est surtout victime de l’instabilité caractérisée par le nombre important de ministres qui se sont succédé à la tête du département et son manque crucial de moyens.

Est-ce que vous n’êtes pas déçu par la gestion faite par l’Etat Sénégalais ; les autorités répondent-elles à l’attente des acteurs culturels ?

Non, je ne suis pas déçu – Au contraire, je crois que l’avenir de la culture au Sénégal sera resplendissant.

Parlons un peu de l’association des écrivains dont vous êtes le président, quels sont les maux qui assaillent votre structure ?

L’Association des Ecrivains du Sénégal est l’une des Associations les plus dynamiques et plus organisées au Sénégal. Mais comme toutes les associations de créateurs, elle manque de moyens pour remplir pleinement sa mission.

Donc, les écrivains sont fatigués…. ?

Peu d’écrivains vivent de leur production et c’est la même chose pour les Editeurs.

Ne pensez-vous pas qu’il est temps de vous organiser davantage ?

L’organisation des Ecrivains est certes toujours  à parfaire, mais faites un tour en Afrique et vous verrez.

Les écrivains sont-ils bien considérés au Sénégal ?

Oui, seulement leurs difficultés ne sont pas toujours bien perçues.

Avez-vous posé vos doléances à ce nouveau régime ?

Oui ! Et nous avons été compris.

Alors, vous êtes écrivain et éditeur comme beaucoup d’autres, l’auto-édition ne nuit-elle pas à la qualité des œuvres ?

L’auto-édition ne favorise pas l’édition – Mais elle est indispensable pour la nouvelle génération.

 

Ne se pose t-il pas un problème de qualité pour l’édition sénégalaise plutôt que de marché ?

La qualité y est – Moi à mes débuts j’étais en Europe, mais depuis lors, l’édition sénégalaise a fait de grands pas.

Et le théâtre national Daniel Sorano ?

Elle a certes quelques difficultés financières avec la baisse de son budget.

Les travailleurs se plaignent souvent et le théâtre a perdu son lustre d’antan. Doit-on réformer la structure ?

Certes, le niveau a un peu baissé, il y’a moins de tournées internationales et il est vrai que les grands comédiens se font rares, mais le théâtre a un niveau toujours respectable.

Concrètement sur quel levier doit s’appuyer l’Etat pour que la culture vive ?

L’Etat doit s’appuyer sur les Organisations socioprofessionnelles.

Est-il possible que vous fassiez de la politique ?

Je suis le seul dans ma famille à ne pas faire la politique depuis Senghor. C’est une option délibérée. Cependant tant qu’il y’a de la vie on ne jurer de rien. Car le drame d’un peuple commence toujours par le silence de ses écrivains.

Selon vous, le visage du Sénégal a-t-il changé avec la venue des nouvelles autorités ?

Le Sénégal s’est développé sur le plan des mentalités et des options.